Hommes dans la brume

C’est une expérience coûteuse, d’une heure à peine. Mais elle en vaut largement la peine. Elle permet d’observer les gorilles de montagne dans leur environnement naturel, les monts Virunga dans le parc national des Volcans. Dans l’imaginaire de certains, le gorille, c’est King Kong, la bête terrifiante qui se frappe la poitrine et enlève les blondinettes pour les emmener en haut des gratte-ciel. La réalité est « un peu » différente. Ceux qui ont vu un autre film à succès, Gorilles dans la brume, peuvent se faire une idée de ce qui les attend, puisque le film retrace la vie de la grande primatologue Dian Fossey… dans les Virunga, justement. Le gorille est l’une des quatre espèces de grands primates les plus proches de l’homme, qui vit en communautés-harems dirigées par un mâle dominant, le dos argenté, qui mesure 1,70 m en moyenne et pèse de 160 à 200 kg. On distingue deux sous-espèces, celle de plaine ou de l’ouest et celle de montagne ou de l’est. Il ne reste que 786 individus de la seconde, qui vit dans les forêts des Virunga, le massif hérissé de pics volcaniques frôlant les 5000 m qui s’étend entre le Rwanda et la République démocratique du Congo, et dans l’impénétrable forêt de Bwindi, en Ouganda. On peut observer les gorilles de montagne dans leur habitat naturel au parc national des Volcans. Fondé en 1925, c’est la plus ancienne zone protégée du continent africain. Situé sur le versant rwandais des Virunga, il abrite le centre de recherche du Gorilla Fund, qui poursuit le travail d’étude et de protection de l’espèce commencé par Dian Fossey.
Bien qu’extraordinaire, cette expérience n’est pas un trekking dans le sens courant du terme, mais une visite minutieusement organisée, en se conformant à une réglementation draconienne et en payant un prix très élevé. Chaque jour, seuls 56 visiteurs obtiennent l’autorisation de participer au Gorilla Trek. Ils sont répartis en sept groupes, qui correspondent aux sept familles de gorilles du parc, munies de colliers électroniques et habituées à la présence de visiteurs. Avant de se mettre en route, une famille est « attribuée » à chaque groupe. Le parcours dans la forêt noyée dans le brouillard peut durer entre une demi-heure à peine et six heures. Cela peut s’avérer assez ardu. Imaginez. Vous suivez le garde forestier qui ouvre le sentier à coups de panga (une faux semblable à une machette). Vous êtes à une altitude comprise entre 2500 et 3500m (en fonction de la localisation de la famille de gorilles). Vous commencez à fatiguer. Mais l’effort est largement récompensé quand vous vous retrouvez soudain en présence de ces géants de la forêt. En parlant à voix basse et en faisant des mouvements lents, vous vous approchez d’eux jusqu’à 6 m et observez leur comportement presque humain: ils mastiquent les feuilles d’un air paisible, allaitent leurs petits, jouent à se poursuivre dans les arbres, enfoncent un rameau dans une fourmilière puis le ressortent couvert de fourmis pour le savourer comme une sucette, ou vous observent d’un air qui semble trahir une supériorité ennuyée. Soudain, l’un d’eux s’approche de vous au point de vous toucher (cela se produit souvent), et vous devez alors rester immobile, à la fois subjugué et terrifié. Pour que l’interaction entre les visiteurs et les gorilles n’exerce pas d’influences sensibles sur leur comportement naturel, le temps d’observation consenti ne dépasse pas une heure. Mais chaque minute est vécue intensément. Une telle expérience est bien mieux qu’une Rolex: c’est un moment de vie.

gorille

 

Partagez
  • del.icio.us
  • Facebook
  • Google
  • TwitThis

You may also like...