Un séjour en prison

Certaines agences de voyages vont parfois un peu loin pour faire découvrir des sensations hors normes à leurs clients. C’est le cas notamment d’une agence qui vous propose de visiter la prison de la Gestapo. En 1906, Dortmund se dota d’un très impressionnant hôtel de police pour faire face à la montée du crime que connaissaient les quartiers nord de la ville, très industrialisés. Ce bâtiment prit le nom de Steinwache, << garde de pierre ›> De 1926 à 1927, l’hôtel de police fut agrandi. On lui adjoignit un bloc de cellules qui pouvait abriter 126 prisonniers. Tandis que les trois étages recevaient les prisonniers, le rez-de-chaussée comportait une zone de réception, plusieurs salles d’interrogatoire, une antenne médicale et les quartiers des policiers. Après la prise de pouvoir par les nazis en 1933, la Gestapo s’attribua la gestion de la prison. Certaines cellules furent transformées en chambres de torture, ou l’on arrachait les aveux des malheureux suspects. Les premiers à en faire l’expérience furent des prisonniers politiques 1 sociaux-démocrates, leaders syndicaux, communistes. Ils furent suivis par les membres du clergé qui refusaient d’obéir, puis par les Juifs, les Roms et les travailleurs étrangers coupables de délit sur le sol allemand, sans parler des citoyens dénoncés par leurs voisins. On estime à 65000 le nombre de ceux qui passèrent la porte de cette prison – souvent pour une simple halte sur le chemin des camps ou du peloton d’exécution. Même dans la terrible échelle de valeurs de l’Allemagne nazie, la geôle de Steinstrasse acquit une sinistre réputation. Apres la guerre, la Steinwache conserva un certain temps sa fonction carcérale, avant d’être transformée en centre d’accueil pour sans-abri. Dans les années 1980, le bâtiment n’était plus qu’une épave. Il fut question de le raser. Mais la ville de Dortmund lui accorda un répit et, en 1987, des travaux de restauration débutérent. En 1992 s’ouvrit le centre du souvenir du Steinwache. Un monument à la mémoire de tous ceux qui, aux mains de la Gestapo, souffrirent dans leur chair.

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