Voyage à Ispahan

Partez en voyage, insolite, en Iran, un pays qui véhicule encore beaucoup de fausses images, et qui pourtant, a tellement à offrir, comme Ispahan, une ville totalement unique au monde, vivier sacré du génie persan. Curieusement, c’est aux Turcs que les Iraniens doivent leur émancipation du joug arabe, au XIe siècle. À ces mêmes Turcs qui, ayant choisi Ispahan pour capitale, remirent à l’honneur la langue persane, laquelle, encore parlée par le peuple, avait été abandonnée par les cercles du pouvoir. Bien plus tard, sous la pression militaire des guerriers ottomans aux frontières occidentales de l’Iran, les souverains séfévides déplaceront leur capitale de Tabriz à Kazvin puis, en l’an 1597, à Ispahan. Dès l’année suivante s’ouvre une grandiose campagne de construction sous la conduite du chah Abbas 1er le Grand. Le fastueux souverain ordonne en premier lieu l’érection d’un immense palais royal. En lieu et place du palais turc de faibles dimensions, il fait complètement réaménager la place du Roi (Meidan~i-Chah, aujourd’hui rebaptisée place de l’Imâm Khomeyni) sur une aire d’environ 500 m de long pour 150 m de large.

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Un immense appareil d’arcades doubles relie entre eux les grands édifices de cette esplanade, en bordure de laquelle s’élevait déjà le pavillon de l’Ali Qâpou « porte de l’image du Monde » qui, remontant au 15eme siècle et muni d’un avant-corps à terrasse couverte, devient ainsi le centre symbolique de la capitale. La grande mosquée, chef-d’oeuvre d’Ispahan. À l’extrémité sud de la place s’élève la célèbre mosquée du Roi, construite pour L’essentiel de 1612 à 1658. La réalisation de ce monument grandiose, peut-être le plus haut chef-d’oeuvre de toute la civilisation persane, aurait exigé presque 20 millions de briques et environ 500 000 carreaux de faïence ! Le portail en demi-coupole, haut de 27 m, est surmonté d’une splendide coupole qui culmine à 52 m et est encadré par deux hauts minarets; ses plus beaux motifs décoratifs sont constitués de stalactites de faïence émaillée, blanc sur fond bleu. Pour placer l’édifice dans l’axe de La Mecque, l’architecte Abul Qasin opère une rotation de 45° du plan général. Rien ne donne une idée plus précise du luxe inouï des constructions d’Ispahan que la cour de la mosquée du Roi. De part et d’autre du portail colossal, les ailes à deux étages enchaînent de hautes arcades en carène qui se reflètent dans les eaux du grand bassin aux ablutions, miroir magique des somptueux carreaux de faïence sollicitant un vocabulaire ornemental à peu près illimité. On parvient ici à la perfection de l’architecture persane, l’une des plus riches et des plus inventives du monde. Non loin se dresse la mosquée du Sheikh Lutfallah, commencée en 1602 et achevée en 1617.

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De dimensions plus modestes, elle est sans rivale pour la beauté de ses faïences décoratives – particulièrement soignées sur l’entrée monumentale – et pour l’harmonie générale de ses formes. Enfin, au nord de la grande place, le portail du Qeyssarieh ouvre sur le bazar, aussi vaste que coloré, noeud vital de toutes les activités commerçantes de la Cité. Ainsi le fastueux palais royal, les deux mosquées et le bazar forment-ils un ensemble qui font d’Ispahan une ville majeure dans la hiérarchie universelle de l’art monumental. Et ce en dépit du sinistre souvenir laissé par son initiateur, Abbas, grand mécène mais effroyable bourreau à ses heures, qui fit tuer son propre fils aîné et aveugler les deux cadets, dans la crainte qu’ils ne cherchent un jour à le renverser. Au chapitre des autres merveilles d’Ispahan figure en bonne place le palais de Chehel Sotoun, édifié en 1647-1648 si l’on en croit le poème gravé sur l’un de ses murs. Situé au milieu d’un parc, il est ainsi nommé (« quarante colonnes» en persan) du fait que ses vingt colonnes miroitent à la surface du grand bassin lui faisant face. Les nombreux ponts jetés sur la rivière Zâyandeh comptent aussi parmi les joyaux de la grande cité iranienne; les deux plus célèbres sont le pont Si-o-se («trente-trois» en persan), dont le nom vient directement des trente-trois arches sur lesquelles il repose, et le pont Khadju, éponyme de son architecte. On ne saurait, enfin, quitter Ispahan, sans avoir parcouru son étonnant quartier arménien, dominé par la haute silhouette de la cathédrale Saint-Sauveur. C’est au 17e siècle, au temps des conflits entre Ottomans sunnites et Persans chiites, que 500 O00 Arméniens chrétiens furent déportés par vagues successives vers la Perse; pour une bonne moitié, ils s’installèrent à la périphérie d’Ispahan, pour s’y adonner au commerce et à l’artisanat. C’est ainsi que dans ce faubourg, occupant la rive sud de la rivière Zâyandeh et situé sur la route de la Soie, ils purent vivre paisiblement tout en participant avec vigueur au développement de leur nouvelle cité; modèle d’intégration, leur communauté a su se bâtir les lieux d’apprentissage, de culte (treize églises témoignent encore de cette résolution sans faille) et de loisirs qui lui assurent une totale autonomie. À l’intérieur de Saint-Sauveur, un magnifique cycle pictural retrace le martyre légendaire de saint Grégoire l’Illuminateur, fondateur de l’Église arménienne; à quelques pas, le mémorial du Génocide rappelle le martyre du peuple arménien à l’aube du 20ème siècle. Vous trouverez plus d’infos sur ce voyage sur voyage insolite.

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